
– Comment ça se fait que tu es autiste ? Voyons, tu n’as pas l’air !
Ah ! La phrase qui revient…
Je souris. Indulgente. Compréhensive. À force de l’entendre, j’ai appris à comprendre l’incompréhension.
– C’est vrai. Je n’ai pas l’air… parce que « l’air autiste », ça n’existe pas.
Un autre mythe à déconstruire. Comme beaucoup d’autres qui parlent de nous, les autistes. C’est simple : personne ne peut avoir l’air d’une chose qui n’existe pas. Et si vous prenez le temps de faire une petite recherche, vous comprendrez que nous avons l’air aussi diversifiés que les non-autistes.
Ça peut être comment, « l’air autiste », selon toi ?
J’imagine la réponse. Des mots mystérieux, mais je ne les écrirai pas. Je préfère laisser place à des verbes : sourire, rire, pleurer, crier, danser, chanter, parler, travailler, créer, relaxer, analyser, protester, chercher… Voyez-vous ? Je parle de n’importe quel être humain.
« L’essentiel est invisible pour les yeux », disait Antoine de Saint-Exupéry. Plus tard, Élisabeth Émily, autiste Asperger et maman d’un enfant Asperger, a choisi cette phrase comme titre pour son livre. Eh bien, notre « air autistique » est invisible. Pour moi, notre essence autistique réside dans notre perception et dans la structure de notre pensée. « Une autre intelligence », affirme Laurent Mottron.
Une communication directe. Un langage simple, concret, sans adjectifs inutiles. Plutôt informatif. Sans le besoin de simuler un intérêt inexistant pour l’autre. Sans le besoin de chercher la sympathie. Invisible. Et, de façon inconsciente, cela peut éloigner les gens. Mais j’ai le réconfort d’être moi-même.
Un humain pour qui il n’y a pas de hiérarchies. Qui n’a pas besoin de compétition ni de se faire une place au-dessus des autres. Encore invisible, et mal compris en conséquence.
Une perception intense, détaillée, qui peut nous émerveiller ou nous agresser. Qui peut se couper d’un sens quand un autre prend toute la place à l’intérieur. Qui peut nous faire pleurer tant l’émotion est belle. Évidemment, invisible.
Si je parlais seulement de moi, je m’arrêterais là. Cela fait mon bonheur à la maison et crée des malentendus ailleurs. Même si j’aime les gens. Mais je le répète : nous sommes aussi diversifiés que vous, les non-autistes.
Il existe aussi des caractéristiques qui peuvent être présentes chez une personne autiste. Elles ne sont pas nécessairement déterminantes pour établir qu’une personne l’est. Ainsi, un trouble du langage, un trouble anxieux, un trouble obsessif-compulsif, une déficience intellectuelle ou des particularités sensorielles isolées ne signifient pas nécessairement que la personne est autiste. Une évaluation spécialisée et approfondie est nécessaire pour le déterminer. Et peut-être que nous avons un noyau invisible : notre fonctionnement perceptif.
Dorénavant, vous saurez qu’un autiste a l’air d’une personne, tout simplement.
Lucila Guerrero, 2014






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